Les personnages de manga sont-ils « blancs » ?

(Ceci est la traduction d’un article de Rachel Matt Thorn que vous pouvez lire en version originale ici)

Alors que j’essaie toujours de rédiger une introduction cohérente sur le thème principal de ce blog (à savoir, le déclin des shōjo), j’ai décidé de briser ce silence gênant en publiant à nouveau un essai que j’ai écrit en 2004, et qui semble pertinent au regard de la controverse au sujet de l’attribution du rôle de Motoko KUSANAGI à Scarlett Johansson dans la version hollywoodienne de Ghost In The Shell. Il y a déjà beaucoup d’essais dont les auteurs expliquent pourquoi ce choix est mauvais. Plutôt que d’en rajouter, je propose cet article dans l’espoir que certains y réfléchissent à deux fois avant de se défendre comme je l’ai si souvent vu ces derniers jours : « les personnages du manga originel n’ont pas l’air japonais », ou « de toutes façons, les personnages du manga originel sont occidentalisés ». Ces personnages ne sont ni « occidentalisés » ni « blancs » : votre esprit est conditionné depuis toujours à penser ainsi, parce que ces personnages ne présentent pas les marqueurs raciaux stéréotypés inventés par les Occidentaux.

Au passage, suite à la publication de cet essai, j’ai reçu plus de mails haineux que jamais. Je me doute que le publier à nouveau m’en vaudra encore plus. Les commentaires particulièrement immondes seront effacés.


J’ai présenté de nombreuses conférences sur les manga à des publics occidentaux, mais quel que soit le thème, au moment des questions du public, les participants me posent systématiquement la même : « Pourquoi tous les personnages sont-ils caucasiens ? » Vous vous êtes peut-être posé la même question.

Ce à quoi je réponds par une autre interrogation : « Qu’est-ce qui vous fait penser qu’ils le sont ? » La plupart du temps, c’est à cause des « yeux ronds » ou des « cheveux blonds ». Quand je demande ensuite à la personne qui m’a posé la question si elle connaît réellement quelqu’un, caucasien ou pas, qui ressemble exactement à ces dessins hautement stylisés, il arrive qu’on me réponde : « Et bien, ils ont plus l’air caucasiens qu’asiatiques ». Si l’on prend en compte la grande variété de traits chez les personnes d’ascendance tant européenne que d’Asie de l’Est, et le fait que ces dessins ne se rapprochent d’aucun de ces traits, il est étrange de considérer que ces illustrations ressemblent « plus » à tel ou tel peuple. Il est clair à présent (du moins, je l’espère) que le sujet de la discussion n’est pas la réalité anatomique objective, mais plutôt la représentation.

Les marqueurs sont un des concepts centraux de la sémiotique, concept élaboré par le linguiste Roman Jakobson dans les années trente.* Une catégorie « non-marquée » est considérée comme acquise. Elle est si évidente pour le locuteur et le destinataire du message qu’il n’est pas nécessaire de la marquer. Au contraire, ils considèrent une catégorie « marquée » comme déviant de la norme, et ils ont donc besoin de l’identifier par un marquage. Les mots « man » et « woman » sont des exemples bien connus en anglais. Depuis des millénaires, « man » signifie à la fois « être humain » et « être humain mâle adulte ». Le mot « woman » vient du mot composé « wife-man », et évoque la relation entre le nom signifié et la catégorie « non-marquée », « man ».

Pour les dessins, nous avons affaire à des représentations visuelles plutôt que verbales, mais le concept de « marquage » est tout aussi important. Aux États-Unis, mais aussi dans toutes les régions du globe dominées par l’Occident, la catégorie non-marquée, en dessin, serait celle d’un visage européen. Celui-ci est considéré comme le visage par défaut. Dessinez un cercle, ajoutez deux points pour les yeux et un trait pour la bouche, et vous obtenez un visage européen, dans la sphère européenne. (Plus précisément, vous obtenez un visage d’homme européen. Pour en faire un visage de femme, vous devriez ajouter des cils). Les non-européens, cependant, doivent être marqués dans les dessins ou les peintures, tout comme ils le sont dans les conversations quotidiennes (comme par exemple dans « j’ai un ami noir qui… »).

Nous avons vu disparaître les marqueurs, grotesques, d’ethnie et de race qui étaient monnaie courante dans les décennies passées. Mais ces marqueurs ont été remplacés par d’autres, certes moins offensants mais tout aussi stéréotypés. Les non-européens au sein de cultures dominées par l’Occident intègrent personnellement ces standards, et en plus de se voir régulièrement rappeler leur statut de « Différent », se retrouvent contraints d’adhérer au système symbolique eurocentré. Si une américaine d’ascendance asiatique veut écrire un livre pour enfants afin de renforcer l’estime de soi des enfants américains-asiatiques et de partager leurs expériences avec les autres, elle devra d’abord faire en sorte que les lecteurs comprennent que les personnages sont asiatiques. Par conséquent, et qu’elle le fasse consciemment ou non, elle utilisera des marqueurs stéréotypés reconnaissables par tous, tels que des yeux « bridés » (une représentation exagérée du pli épicanthique qui est la plupart du temps plus prononcé chez les est-asiatiques que chez les européens ou les africains), ou des cheveux raides et noirs de jais (sans tenir compte du fait que des variations existent, du presque noir au brun roux, et que les chevelures sont souvent ondulées voire crépues). Voici donc les raisons pour lesquelles un cercle avec deux points pour les yeux et un trait pour la bouche, sans marqueurs raciaux, sera perçu comme un visage « blanc » par un américain, tout comme par les personnes élevées dans d’autres cultures européennes, quel que soit leur origine.

Cependant, le Japon n’est pas, et n’a jamais été, une culture dominée par l’Europe. Ses habitants ne sont pas Différents dans leur propre pays, et par conséquent, les dessins (ou peintures, ou sculptures) de japonais, par des japonais et pour des japonais ne présentent pas, en général, de marqueurs raciaux stéréotypés. Un cercle contenant deux points et un trait sera, par défaut, japonais.
Cela n’étonnera donc personne si les lecteurs japonais considèrent sans souci que les personnages stylisés des manga (avec leurs petite mâchoire, leur nez quasi inexistant, et leurs yeux gigantesques si connus) sont également japonais. A moins qu’un personnage ne soit clairement identifié comme étranger, les lecteurs nippons les reconnaissent comme japonais, et la plupart n’imagineraient pas qu’il puisse en être autrement. Peu importe si des observateurs non-japonais pensent le contraire.
Dans un manga dont la plupart des personnages sont japonais, un étranger sera différencié par un quelconque marqueur racial stéréotypé. Par exemple, un personnage d’origine africaine pourra avoir des lèvres épaisses, ou des cheveux crépus, ou une peau foncée. Un personnage européen pourra avoir un long nez ou une mâchoire carrée.

De nombreuses personnes ne sont pas convaincues par les arguments que je vous présente. Elles insistent pour dire que les personnages de manga sont indéniablement « caucasiens », et que l’omniprésence de personnages caucasiens dans les manga et la culture populaire japonaise est un indicateur évident de la volonté japonaise de s’identifier à l’Europe de l’Ouest plutôt qu’à l’Asie de l’Est. Il est vrai qu’un certain nombre d’intellectuels occidentaux ont suggéré que les japonais actuels portent ce désir d’identification, au point de nier leur « asianitude », et d’essayer de ressembler au Centre Occidental, « blanc ».** Une preuve irréfutable de cette affirmation semble être le fait, étrange, que les personnages chinois de manga arborent souvent les mêmes marqueurs « asiatiques » (yeux bridés, cheveux noirs et raides) communs aux représentations occidentales.

Pourtant, de telles affirmations sont truffées de défauts. Tout d’abord, elles semblent découler du fait que des concepts locaux d’identité ethnique, développés dans le contexte politique chargé d’une société multi-ethnique telle que les États-Unis ou le Royaume Uni, ont été appliqués tels quels au Japon, une société étrangère. Comme si les Japonais n’étaient qu’une autre « minorité », comparée à la « majorité » américaine et européenne. L’affirmation, par les américains asiatiques, de leur « asianitude » (si tant est qu’un tel trait existe vraiment) peut être un acte politique dans la société américaine, mais elle n’implique aucune obligation, pour les Japonais ou les autres asiatiques, d’adopter cette identité.

Ensuite, l’idée d’un complexe d’infériorité japonais par rapport à l’Occident Blanc me semble reposer sur l’hypothèse largement inconsciente que les non-occidentaux envient l’Occident, et plus particulièrement sur le fantasme étasunien que tout le reste du monde veut être américain. Bien entendu, les érudits et intellectuels qui relèvent de telles tendances (imaginaires) au Japon ne les saluent pas. Au contraire, ils manifestent à cor et à cri leur désapprobation, et exhortent les Japonais à résister aux tentations de l’Ouest, à rester fidèles à leur héritage et à en être fiers. Mais lorsque j’observe avec quelle ardeur ils recherchent la preuve de ce désir de « blanchitude », et l’entêtement avec lequel ils réfutent chaque preuve du contraire, j’en conclus que leur perception de la réalité sociale passe par le filtre d’un pesant ethnocentrisme involontaire.

Enfin, ce complexe d’infériorité peut à peine être prouvé, et tout autant réfuté. Par exemple, le fait que, dans un manga, les Chinois soient stéréotypés physiquement peut être expliqué sans pour autant en conclure que les Japonais s’identifient à l’Occident Blanc. Les stéréotypes, (à l’exception des manga dans lesquels ils servent à rire ou à présenter un point de vue raciste – ce qui arrive de temps en temps) n’apparaissent en général que pour représenter une minorité au sein de l’histoire. Un personnage chinois dans un manga se déroulant au Japon possèdera des marqueurs visuels stéréotypés (et parfois aussi des habitudes linguistiques), de façon à le distinguer des personnages japonais, qui constituent la catégorie non marquée.

Fait intéressant, lorsque la majorité des personnages sont Chinois ou Européens, par exemple si l’histoire a pour cadre la Chine ou l’Europe, ceux-ci sont en général dessinés de la même manière que les Japonais dans un manga se déroulant au Japon, c’est-à-dire sans aucun stéréotype racial. Dans ce contexte, les Chinois et les Européens ne sont pas Différents, et des marqueurs de Différence seraient superflus. L’artiste présenterait le décor étranger de manière claire, au travers de noms, de tenues, de coutumes, de l’architecture, et « d’accessoires », plutôt que de s’encombrer à affubler chaque personnage de traits raciaux stéréotypés. Sa capacité à rendre les personnages distincts les uns des autres en serait limitée, et la capacité d’identification des lecteurs aux protagonistes en pâtirait. De plus, si un personnage japonais apparaît dans une telle histoire, il serait alors marqué visuellement comme tel, même si en général, cela se limiterait à des cheveux noirs et à des yeux bridés (les auteurs attendent souvent de leurs lecteurs qu’ils s’identifient à de tels personnages, et des marqueurs plus exagérés interféreraient avec cette identification).

C’est pourquoi les marqueurs raciaux des manga sont généralement relatifs. En comparaison, le dessinateur d’un comics américain qui se déroule au Japon ou en Chine représentera probablement chaque personnage avec des marqueurs raciaux stéréotypés (et probablement aussi avec des accents forcés). Peut-être est-ce dû au fait que les Occidentaux, habitués à des marqueurs raciaux standardisés et non relatifs, sont désarçonnés par le système japonais de représentation relative. Dans celui-ci, un artiste pourra représenter un personnage chinois d’une certaine façon dans une histoire (qui se déroule au Japon), et de manière tout à fait différente dans une autre (qui se déroule en Chine).

Il est vrai que les Japonais ont souvent une attitude ambivalente envers l’Occident, l’Amérique et tout ce qui n’est pas japonais. Et, oui, ils sont souvent très critiques envers leur propre société, et peuvent parfois se tourner vers d’autres cultures pour de meilleures alternatives. Mais à ces égards, ils ne me semblent pas différents des autres peuples. Il me semble qu’il y a des questions plus intéressantes à étudier, et par conséquent, je n’ajouterai rien d’autre. Je ne doute pas cependant que certains de mes lecteurs auront du mal à lâcher prise sur cette question de la volonté des Japonais à être « blancs ».


* Cf On Language, de Roman Jakobson, sous la direction de Linda R. Waugh et Monique Monville-Burston, Harvard University Press 1995

** Je dois admettre que j’avais une liste d’études universitaires me permettant d’affirmer cela, mais que je l’ai perdue et n’ai pas réussi à retrouver de telles études. J’espère qu’il faut y voir le signe d’une plus grande précaution de la part des universitaires sur de telles généralisations.

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Les maux des mots

C’est un art ancien. La magie des mots. Les mots ont un pouvoir, tu le sais, non ? Ils ont un pouvoir sur les choses, et sur toi. Et ils donnent ce pouvoir aux gens aussi. Le pouvoir sur toi. Le pouvoir de te connaître. Ils révèlent ta façon de voir le monde à ceux qui les écoutent vraiment. Pas la façon dont tu penses voir le monde, mais bien celle que tu as développée dans ton inconscient.
C’est pour cela qu’un petit rappel (grâce à l’ami Larousse) s’impose. Pour que tu les utilises de manière consciente. Ou que tu arrêtes d’en utiliser certains à tort et à travers.

Lyncher : Mettre à mort sommairement quelqu’un ou lui faire subir des violences sans jugement régulier, en parlant d’une foule, d’un groupe.
Donc non, on ne lynche pas Bertrand Cantat.

Viol : Rapport sexuel imposé à une personne sans son consentement.
Donc non, on ne viole pas Dragon Ball en faisant une suite.

Esclavage : Fait pour un groupe social d’être soumis à un régime économique et politique qui le prive de toute liberté, le contraint à exercer les fonctions économiques les plus pénibles sans autre contrepartie que le logement et la nourriture.
Donc non, tu n’es pas l’esclave de ton patron.

Assassinat : Homicide commis avec préméditation.
Donc non, Fillon n’a pas été assassiné.

Otage : Personne dont on s’empare et qu’on utilise comme moyen de pression contre quelqu’un, un État, pour l’amener à céder à des exigences. (La loi punit la prise d’otage de la réclusion criminelle à temps ou à perpétuité.).
Donc non, la SNCF ne te prend pas en otage.

Voilà pour ceux qui me viennent à l’esprit, là comme ça. En espérant que tu réalises maintenant que ton langage peut être imagé, mais sans invisibiliser ou minimiser les expériences traumatisantes des autres.
Et n’oublie pas : la magie existe.

Detroit Post-Moderne

Detroit, Michigan. 2017.

L’ancien « Maire » de la ville, le plus haut ponte de l’Underground Occulte local, a disparu. Il a été évincé par un homme défiguré dont on ignore l’identité. Les chargeurs le connaissent sous le nom de Skull Face. Il paraîtrait qu’un cinémancien a disparu après s’être moqué de ce nom, comme le fait Rocket Raccoon dans GotG 2. Ou alors, va savoir, le gars a juste chopé une charge majeure et est parti vivre dans le MCU. Bref… l’Underground n’est plus pareil depuis quelques temps…

Le truc, c’est que certains ne l’entendent pas de cette oreille. Une cabale s’est formée pour contrer Skull Face. Ses trois membres ont chacun une dent contre lui. Il faut dire que Samantha n’a pas apprécié qu’il lui tranche la main pour s’en servir dans un rituel occulte. Jonas, ça date de plus longtemps. Il l’a vu apparaître sur le ventre de sa mère lorsque celle-ci accouchait dans leur petite ferme du Kansas, y a des années. Et comme la « sage-femme » qui aidait sa M’man a disparu avec le bébé, ça l’a encore plus marqué… Quant à Declan… Et bien, disons qu’il n’apprécie pas qu’on interfère avec son business… Ce trio disparate se connaît depuis quelques temps, et chacun doit une fière chandelle aux autres. Par exemple, Declan a dégoté son job de garçon de salle à Jonas. Bon, c’est sûr, un club tantrique échangiste, ça fait bizarre sur le CV, mais le gosse s’en moque. Ce qui l’intéresse, lui, c’est son corps à lui, et la meilleure façon de l’entailler. Faut dire que ça lui donne de la puissance…

Donc, ces trois-là veulent faire tomber le nouveau « Maire », mais pour l’instant ils ont assez peu de pistes. Peut-être se cache-t-il derrière le marché d’enfants que Declan a déniché sur le dark web. Ou peut-être que s’ils mettaient la main sur Spark, un informateur qui se cache derrière un masque de diamant, ils pourraient en apprendre plus sur l’endroit où se cache l’ancien maire, et lui soutirer de l’aide. En tout cas, Samantha a eu une vision de la soeur de Jonas. A coup sûr, elle a un rôle à jouer là-dedans… encore faudrait-il la retrouver. Ça fait quoi… 10 ans qu’elle a disparu sans laisser de traces ?

Ou alors, ils vont parler à cette nana qu’ils ont aperçu à différents endroits, toujours une clope au bec, même dans les lieux où c’est interdit de fumer… Elle a franchement un air bizarre.

Mais bon, tout ça, c’est en espérant que ce qui a mis Declan sur la touche de son job de négociateur du DPD, ça soit du passé. Imaginez un peu : son partenaire et lui courent après un serial killer, et ils finissent par lui tomber dessus et l’abattre. Sauf que quelques jours après, son partenaire commence à sacrément changer de comportement, et Declan comprend qu’il n’est plus lui-même, mais qu’il est habité par l’âme de l’autre ordure. Et se retrouve obligé de l’abattre aussi. Vraiment, ce serait bien qu’il soit allé pourrir en Enfer…


Y a quelques jours, j’ai lancé une campagne d’Unknown Armies, le jeu de rôles d’horreur psychologique post-moderne de Greg Stolsze.

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Je vais pas vous présenter le jeu plus que ça, mais je voudrais faire un retour sur mon expérience de la première session. Dans cette troisième édition, elle est intégralement consacrée à la création des personnages et du cadre de jeu, l’essentiel des idées venant des joueurs et non pas du maître de jeu.

J’ai à ma table 3 joueurs. Après leur avoir demandé, en guise de préparation, de récolter des images, des petits textes, des diagrammes, tout ce qui pourrait servir d’inspiration, on avait plus de 80 images à utiliser. J’ai imprimé le tout et je me suis pointé à notre lieu de rendez-vous. Un petit rappel sur ce dont parle le jeu, et on s’est lancé. La première étape consistant à définir un objectif pour leur groupe, ils sont rapidement tombés d’accord sur l’image d’un sale type, et tout naturellement, en ont fait leur antagoniste. Simple mais efficace. De cette façon, ils sont bien le grain de sable que j’attendais dans les rouages de l’Underground. Ils ont choisi Detroit, parce que c’est une ville importante, dans laquelle la situation est a priori explosive (faut maintenant que je me renseigne sur Detroit).

Petit à petit, au fur et à mesure des étapes, chacun prenait un élément et le rajoutait au tableau, et créait des relations entre les différents partis. Le côté brainstorming marche parfaitement, dans le sens où les idées des uns servent de tremplin aux autres afin de créer un tout qui convienne à chacun.

Les difficultés rencontrées se sont surtout situées dans les points de règles abordés, puisque la séance fait aussi office de création de personnage. Sur les 3, un seul était familier avec le jeu, et encore, dans son ancienne édition. Une étape en particulier s’est avérée délicate : l’attribution des coches sur les jauges de santé mentale. En effet, chaque jauge correspond à deux caractéristiques. Celles-ci sont opposées : en fonction du niveau de la jauge, l’une sera plus importante que l’autre.

Le problème vient du fait qu’on a l’habitude de répartir des points dans les compétences, mais elles sont rarement liées entre elles. Mais là, impossible de mettre des points en Connect ET Struggle… c’est lié au niveau de la jauge de Violence. Alors, ton personnage a-t-il une grosse expérience de la Violence ou non ? Question piège…

Bon, ce que je ne leur ai pas encore dit, c’est que leurs Identités pourront se substituer à leur niveau. On y viendra lors du premier scénario… Car effectivement, lorsqu’on appréhende ce jeu, et cette méthode de création, vaut mieux se concentrer sur le cadre plutôt que sur tous les aspects techniques (et je remercie les deux comparses qui m’ont ouvert les yeux sur cela lors d’une discussion préalable).

Ah oui, les Identités. C’est un aspect de cette nouvelle édition, qui représente ce qu’EST le personnage. S’il doit être présenté, décrit, qu’est-ce qu’on dira de lui ? J’avais une liste, mais je n’ai pas eu besoin de la sortir. Les 3 joueurs ont assez rapidement trouvé comment définir leur personnage. On a les évidences : Épidéromancien ; Avatar ; Ex-flic… Et puis les trucs un peu plus bizarres mais qui coulent de source. Le joueur de Samantha, par exemple, avait commencé à décrire comment elle voyait les couleurs, ou plutôt comment son esprit les interprétait… bon, bin, c’est parti pour une Identité Surnaturelle qui te donne des informations de temps en temps.

Les idées ont fusé, certaines ont pris, d’autres non. J’ai probablement gardé certains trucs dans un coin de ma tête pour les ressortir plus tard, espérant surprendre mes joueurs. Voici le résultat final :

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La mindmap mise au propre

Concernant l’aspect logistique, j’avais amené une feuille de paperboard que nous avons placé sur la table, et le dossier d’images sur la table basse. Clairement, impossible de faire sans, vaut mieux avoir la place pour tout bien visualiser. J’ai apprécié le côté mouvant : chacun allait et venait autour des deux tables… beaucoup moins statique que d’autres jeux. Et on sent bien le dynamisme de ce jeu…

Je suis ravi car l’enthousiasme de mes joueurs était déjà bien présent (sauf un, qui était plutôt sceptique, mais il a changé d’avis), et maintenant, ils sont encore plus hyped et curieux et intrigués…

Première partie dans 7 jours !

Le test The Rock : un tuyau pour ceux qui ne veulent pas être accusés de harcèlement sexuel

(NdT : ceci est la traduction d’un article d’Anne Victoria Clark publié ici)

Vous faites partie de ces hommes qui ne savent pas comment bien se comporter avec les femmes avec qui ils travaillent ? Vous avez l’impression de ne rien pouvoir dire ou faire, quand vous ne savez pas quoi dire ou faire ? Et bien, fini le stress ! Cette petite astuce vous permettra de traiter les femmes comme n’importe quel être humain en un rien de temps.

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De Harvey Weinstein à ce qui semble être Uber au complet, on dirait que chaque jour, un riche et influent homme est terrassé par des accusations de harcèlement ou d’agression sexuels. Pas plus tard qu’aujourd’hui, le New York Times publie un article selon lequel, par peur, les hommes ont de moins en moins à échanger avec les femmes.

« Ces histoires ont jeté un énorme froid dans la Silicon Valley, et les gens en sont ultra conscients, et terrifiés d’avoir un comportement déplacé, donc je pense qu’ils prennent énormément de précautions », dit un capital-rsiqueur préférant rester anonyme pour cette même raison.

Certains évitent les rencontres en tête-à-tête avec des entrepreneuses, des recrues potentielles et celles qui leur proposent des rendez-vous informels ou de réseau.

Bien qu’avoir des relations professionnelles demande parfois ce « petit effort minimal » tant redouté, il y a de l’espoir. Vous voyez, en suivant cette règle toute simple, vous pourrez vous aussi interagir avec les femmes comme si elles étaient des personnes à part entière.

Ça peut se résumer comme ça : Ayez le même comportement avec les femmes qu’avec Dwayne « The Rock » Johnson.

Je sais, ça paraît bizarre, mais croyez-moi, cet exercice de visualisation fera des merveilles dans vos interactions professionnelles avec les femmes. Quand l’une d’elles s’approche de vous, imaginez qu’elle est The Rock. Puis, agissez conformément.

Vous n’y comprenez toujours rien ? On va faire quelques essais.

Situation 1 : Prendre un café

Karen est l’amie d’une amie, et elle a récemment emménagé dans votre ville. Elle veut rencontrer des gens dans son secteur d’activité, qui est également le vôtre. Elle vous a demandé si vous seriez d’accord pour prendre un café avec elle, afin de « prendre le pouls ». Il n’y a qu’un problème, voilà Karen :

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Ah flûte ! Elle est jolie ! Encore plus en vrai. Que faire ?? Enfin voyons, vous savez que ce serait déplacé de croire que c’est un rencard, puisqu’elle a clairement dit que c’était professionnel. D’un autre côté, elle est blonde, comme votre ex ! Tant de confusion ! Terrain miné…

Mais vous pouvez facilement vous sortir de ce pétrin grâce au test « The Rock ». Fermez les yeux, respirez profondément, et quand vous les rouvrez, faites comme si Karen ressemblait à ça :

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Wow ! Karen a l’air très dure, et forte, et en sueur ! Elle ressemble à quelqu’un qui travaille énormément pour atteindre ses objectifs, et a laissé derrière elle des ennuis évidents pour aller au devant de lendemains meilleurs. Peut-être que vous pourriez lui en parler ? Mais sérieux, ne la draguez pas. On dirait qu’elle pourrait vous tuer avec votre chaise.

Situation 2 : La réunion

Amanda est votre collègue de travail, et elle a quelques questions sur un récent gros projet de votre département. Elle vous a demandé une réunion en tête-à-tête pour parler de quelques points précis. Juste un problème :

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Ah zut, Amanda est non seulement mince, jolie, et jeune, mais il semblerait qu’elle ne porte pas d’alliance. Et si elle était d’accord pour parler de son (éventuelle) vie sexuelle aventureuse, et de la vôtre ?! Enfin quelqu’un avec qui parler de votre fétichisme secret pour le latex ! Comment diable voulez-vous vous concentrer sur cette réunion, qui n’a absolument rien à voir avec cela, pendant ces 45 minutes ?

Encore une fois, fermez les yeux, videz votre esprit, et imaginez Amanda comme ça :

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Wow ! On dirait qu’Amanda a bossé vraiment dur, mais a juste besoin d’un peu d’aide pour surmonter un petit revers qu’elle a rencontré. Heureusement qu’elle est assez maline pour demander un coup de main quand elle en a besoin. Quelle professionnelle ! Vous avez de la chance de l’avoir avec vous. Malheureusement, on dirait qu’elle n’a vraiment pas le temps de vous écouter à propos de latex, même si ces gants vous excitent fort.

Situation 3 : La sortie

Votre collègue Jennifer et son équipe viennent de lancer avec succès un nouveau projet, et elles vous ont invité à boire quelques verres après le travail pour fêter ça. Il y a juste un problème. Oui, dans le mille :

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On dirait que Jennifer et son équipe ont toutes une carte de fidélité chez Sephora. Il y en a même une en jupe. GRA-OU, non ? Comment voulez-vous ne pas laisser traîner vos mains quand tant de jolies femmes vous sourient ? Tout le monde sait que lorsqu’une femme vous sourit, c’est qu’elle vous aime comme ça. En tout cas, c’est comme ça que ça marche dans tous les films et clubs de strip-tease que vous connaissez. Comment savoir si ce n’est qu’un verre entre collègues, ou l’occasion de vous masturber devant un groupe comme vous en avez toujours rêver ?

Remplacez vite cette image par celle-ci :

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Wow ! Jennifer et son équipe ressemblent à de vraies professionnelles prêtes à en découdre ! Pas étonnant que leur projet soit un succès et qu’elles aient l’air prêtes à fêter ça. Peut-être pourriez-vous échanger des histoires de guerre sur d’anciens projets, ou les écouter raconter ce qu’elles ont dû endurer pour réussir aussi bien. Une chose est sûre, par contre. Peu importe à quel point vous êtes ivre : ne vous masturbez pas devant elles. Sans blague, le dernier gamin que je connais à avoir toucher un flic sans prévenir s’est retrouvé à manger le macadam. Une bien mauvaise nuit !

Et voilà ! Vous avez appris une astuce simple et rapide pour vous comporter correctement avec les femmes. Témoignez-leur le même respect, la même admiration, et la même saine dose de peur qu’à quiconque vous détruirait complètement pour peu que vous le méritiez.

Onirisme

Il lui avait promis qu’il la retrouverait. Il avait alors posé son téléphone sur sa table de chevet, et sa tête sur l’oreiller. Morphée l’avait emporté dans ses bras à la vitesse d’un Hermès pressé. Oui, il lui avait promis de la retrouver dans les Contrées du Rêve, et c’est exactement ce qu’il comptait faire.

Alors qu’il émergeait dans les nimbes ouatées du premier niveau des Rêves, il s’aperçut qu’il tenait à la main la barre de chocolat qu’il voulait lui offrir. Il prit son envol vers les niveaux inférieurs, là où les rêveurs construisent habituellement leurs bulles personnelles. Il lui sembla entrevoir du coin de l’œil une Cité crépusculaire sur laquelle flottait un gigantesque monolithe noir, mais la vision s’estompa lorsqu’il essaya de l’embrasser dans son ensemble. Il ne chercha pas à percer ce mystère, car il arrivait enfin à destination : il la voyait, au travers de sa bulle de rêve, magnifique dans le vide qui séparait chaque rêveur de ses confrères. Elle semblait l’attendre, et elle se rendit compte de sa présence lorsqu’il pénétra dans la bulle. Ils s’enlacèrent tendrement, plongeant dans les yeux l’un de l’autre comme on plonge son regard dans la nuit étoilée. 

Le chocolat fut lâché et oublié sur le sol de ce qui était maintenant une chambre somptueuse, et tendresse et volupté furent les maîtres mots de ce rêve qui dura une vie entière. 

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Le lendemain.

Ils se retrouvèrent pour errer dans la ville, appréciant leur présence mutuelle.

– Tu as bien dormi ? 

– Oui.

– Et de quoi as-tu rêvé ?

– Je ne sais plus. Et toi ?

– Je ne sais plus non plus.

Leurs mains se frôlèrent et ils poursuivirent leur balade, sentant que quelque chose de magique leur échappait…

Ténèbres

L’homme tournait dans son lit, seul. Les ténèbres environnantes formaient un linceul sur son corps nu. Les pensées allaient et venaient dans son coeur et dans son âme.

Elles finirent par appeler, bien malgré elles, quelque chose de plus obscur encore. Des volutes de fumée s’élevèrent de tous les recoins sombres de la pièce. Elles s’amalgamèrent en une silhouette plus noire qu’une nuit sans lune. Elle s’approcha sans un bruit de l’homme qui ne soupçonnait rien, et tendit ses doigts crochus vers sa cage thoracique. Quand bien même eut-il pu voir au travers de la noirceur qui le recouvrait, il n’aurait pu se rendre compte de sa présence, insidieuse, sournoise et vile.

Au moment même où elle refermait ses doigts spectraux sur son coeur, les verrous de sa volonté lâchèrent, et se déchaînèrent sur son esprit les deux Bêtes féroces qui accompagnaient, invisibles, la silhouette.

Il ne lui restait plus que les cris et les pleurs.

Il continuerait de tourner dans son lit, seul.